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Lie Tseu : le taoïste du vide parfait

LieZi (ou Lie Tseu) est le 3è fondateur supposé de la tradition taoïste. Moins cité ou estimé que Lao Tseu ou Tchouang Tseu, son trait est pourtant vif, éclairant et souvent complémentaire. Démonstration.

· Concepts taoïstes

Qui est Lie Tseu (ou LieZi) ?

LieZi (ou Lie Tseu) aurait été un contemporain de ZhuangZi au Ve siècle avant JC. ZhuangZi lui-même relate quelques actions et paroles d’un taoïste nommé LieZi. Il aurait étudié avec de nombreux maîtres taoïstes, son esprit se serait alors « intégré dans l’absolu et son corps dissous en lui ». Ses écrits ont été compilés sous le titre de « Traité du vide parfait ». Certains historiens estiment que cette œuvre, longtemps regardée comme contemporaine du Daode jing et du Zhuangzi, a été composée aux environs de l'an 300, probablement par un protagoniste du Xuanxue, qui militait au IIIè siècle pour le retour aux textes taoïstes originels. D'autres suggèrent que la rédaction s'est plutôt étalé sur 6 siècles, entre la fin du IIIe siècle avant JC. et la fin du IIIe siècle après JC. Dans tous les cas, 10 % du "Traité du vide parfait" provient en source directe du ZhuangZi.

Le texte est beaucoup plus accessible que celui de la plupart des autres classiques et comme pour le ZhuangZi, il recourt régulièrement à des fables et des apologues. Certains passages reflètent une influence bouddhiste ou confucianiste manifeste.

L’univers, le Dao :

  • De quoi l’univers naquit-t-il ? Je dis qu’il y eut une grande mutation, un grand commencement, un grand début, une grande origine. La grande mutation se produisit avant le premier souffle, le grand commencement fut le début des souffles, le grand début fut le début des formes, la grande origine fut le début de la matière. L’époque à laquelle les souffles, les formes, la matière était amalgamés, pas encore séparés, s’appelle le chaos. Le pur et léger monta et devint le Ciel, l’impur et lourd descendit et devint la Terre. L’harmonie du vide et des souffles produisit les humains. C’est ainsi que l’univers contenant des essences, les êtres se transformèrent et naquirent.
  • Ce qui crée les êtres est sans forme et demeure là où il n’y a pas de transformation.
  • Mes os sont unis à mon esprit, mon esprit est uni à mon souffle, mon souffle est uni à mes esprits, mes esprits sont unis à l’inexistant.
  • Quiconque désire voir l’invisible doit regarder ce que les humains n’observent pas. Quiconque désire accéder à l’inaccessible doit peaufiner ce que les humains ne font pas.
  • Ce qui contient les êtres contient aussi l’univers. Ce qui contient les êtres étant illimité, ce qui contient l’univers est illimité. Notre univers est-il contenu dans un univers plus grand ?

Le vide, la fractalité

  • Sans pensée, les esprits sont identiques. Sans indication tout est un référent.
  • Un commencement est parfois une fin, une fin est parfois un commencement. Le haut, le bas, les huit directions ont-ils des limites ? S’il n’existe rien, il n’existe pas de limite.
  • Au-delà de la limite de la zone où rien n’existe, il n’existe pas de limite. À l’intérieur d’un atome, il n’existe pas d’atome. L’inexistence d’atome nous ramène à l’intérieur d’un atome.

Le Yin/Yang

  • Ce qui diminue là augmente ici, ce qui se développe ici, décline là. Diminution, augmentation, développement, déclin se succèdent sans fin jusqu’à la mort.
  • Qui est triste forge sa prospérité. Qui est joyeux forge ça ruine. Qui excelle à conserver la victoire tient la force pour de la faiblesse.

L’humanité

  • Les humains forment une espèce de l’univers. Ils sont les plus subtils des vivants.

La vie, la mort

  • Toute forme cessera nécessairement d’exister. L’univers cessera d’exister, tout comme nous. La Voie, n’ayant pas eu de commencement, n’aura pas de fin. Si elle avait une vie, elle la perdrait. Si elle avait une forme, elle la perdrait. La règle est que ce qui vit ait une fin. Désirer perpétuer sa vie, empêcher sa fin, est une erreur. Lorsque l’esprit quitte le corps, chacun retourne à son origine. Un revenant, c’est ce qui est rentré dans sa véritable demeure.
  • Bien qu’elle soit loin d’être la plénitude de l’enfance, la vieillesse est préférable à la maturité. La mort apporte le repos, le retour à la perfection.
  • Les anciens appelaient les morts « ceux qui sont rentrés », ce qui signifie que les vivants sont des voyageurs. Voyager sans savoir rentrer, c’est être sans domicile.
  • Les êtres sont issus du Minime et tous retournent au Minime.
  • Souplesse et faiblesse sont conformes à la vie. Rigidité et force sont conformes à la mort.
  • Ne pas craindre la mort et ne pas s’affliger de la pauvreté, c’est connaître le destin et s’adapter aux circonstances.
  • Je n’ai plus de fils. Je n’étais pas affligé lorsque je n’avais pas de fils. Mon fils est mort. La situation est identique à celle où je n’avais pas de fils. Pourquoi serais-je affligé ?
  • Une personne avisée ne s’occupe ni de la vie ni de la mort, mais de leurs causes.
  • L’obtention de la plénitude de soi est le but du voyage. La recherche de la perfection des objets n’est pas le but du voyage.
  • Que la vie soit la vie et la mort soit la mort ne vient ni des êtres ni de nous, mais du destin. (NDLR : Cette appréciation de la prédestination des taoïstes originels a changé sous la Dynastie des SONG)
  • La volonté du Ciel et le destin sont inconnaissables.
  • Qui fait confiance au destin oublie la durée de la vie. Qui fait confiance aux lois naturelles oublient la vérité. Qui fait confiance à son esprit oublie l’utilité. Qui fait confiance à la nature oublient la sécurité.
  • Ni pauvreté ni prospérité n’est désirable. Il faut désirer une vie joyeuse avec des loisirs, car de bonnes joies éloignent la pauvreté et de bons loisirs éloignent la prospérité.
  • De même que notre corps dépend du maître de la vie, un être dépend du maître de la nourriture.
  • Échapper à l’obscurité, c’est ne pas craindre le malheur externe et ne pas se réjouir du bonheur interne.
  • L’homme mange ce qu’il trouve comestible. Cela veut-il dire que ces denrées furent créées à l’origine par la nature pour les humains ? Cousins et moustiques nous piquent, tigres et loups nous mangent. Cela veut-il dire que les humains furent à l’origine créés par la nature pour les cousins, moustiques, tigres et loups ?

La nature

  • La nature ne nous appartient pas, elle nous est fournie par l’univers. Les récoltes, la terre, le bois, les animaux à plumes comme à poil, les poissons et les trionix sont produits par la nature et ne m’appartiennent nullement.
  • Chacun suit sa nature, sans échappatoire. Chacun des cinq existants est soumis à un principe qui le fait agir.
  • La Voie ne peut s’obtenir par une recherche passionnée. J’ai appris, obtenu un résultat, mais je suis incapable de vous le transmettre.
  • Je ne sais pas pourquoi je fais ce que je fais, c’est le destin.
  • Bien que de formes et d’énergies différentes, les espèces reçoivent autant de la nature. Aucune ne veut la place d’une autre. La vie de chacun est parfaite, sa part est suffisante.

Le calme, le silence

  • Rien ne vaut le calme, rien ne vaut le vide pour rester inconnu. Calme et vide font retrouver sa demeure.
  • Qui a trouvé se tait, qui sait se tait aussi. Silence et ignorance sont des discours et savoirs parfaits.
  • Le naturel est silencieux, achevé, paisible, serein, progresse en avant.

Le non-agir (ou l’agir juste)

  • Un enfant qui vivait au bord de la mer aimait les mouettes, jouer chaque matin sur la plage avec elles, qui venaient par centaines. Son père lui dit : j’ai appris que les mouettes jouent avec toi. Attrape-m’en, que je m’amuse avec. Les mouettes dansaient le lendemain au-dessus de la plage sans y descendre. C’est pourquoi l’ont dit : le discours parfait est inexprimé, l’action parfaite est inaction, le savoir du sage est superficiel.
  • Si la nature mettait trois ans à produire une feuille, les feuillus seraient rares. C’est pourquoi une personne avisée compte sur les transformations de la Voie, pas sur le savoir et l’habileté.
  • L’usage de jadis est banni aujourd’hui, ce qui est banni aujourd’hui pourrait être l’usage demain. Usage et non usage n’ont ni règles ni vérité. Agir au bon moment, ne rien faire au mauvais, se soumettre aux circonstances n’est pas une question de méthode mais de savoir.

L’enfance

  • Nul être ne blesse l’enfant, chez qui les souffles sont concentrés, la volonté une, l’harmonie parfaite, l’Efficace insurpassable.

Le temps

  • On perd la joie suprême du présent, incapable d’être, ne serait-ce qu’une heure, maître de l’instant. Pareille vie est-elle meilleure que celle d’un prisonnier enchaîné ?
  • Les êtres, différents dans leur vie, sont égaux dans leur mort. Qui voit une différence dans l’unité des os pourris ? Alors saisissons l’instant. Qu’importe ce qui arrive après la mort.

La pensée consciente et l’intuition

  • Un magicien d’extrême occident se rendit à la cour du roi Mu des Zhou. Il transformait sans fin, changeait les formes des objets comme les pensées des humains.
  • Qui excelle comme la Voie n’utilise ni oreille, ni yeux, ni force, ni esprit. Tenter d’exceller comme la Voie en utilisant vue, ouïe, corps et intelligence conduit à l’échec.
  • Il existe des pensées qui ne viennent pas de l’esprit, des indications sans référent, des choses inépuisables, des ombres immobiles.

Les mots, le savoir, la connaissance

  • Les savants ne peuvent connaître ni le moment d’agir ni le moment de s’arrêter.
  • Les personnes au vaste savoir évaluent profits et pertes, distinguent l’apparence de la réalité, évaluent les sentiments des humains, atteignent la moitié de leur but tandis que l’autre moitié leur échappe. Les personnes de peu de savoir n’évaluent pas les profits et les pertes, ne distinguent pas l’apparence de la réalité, n’évaluent pas les sentiments des humains, atteignent la moitié de leur but tandis que l’autre moitié l’élue échappe. Où sont les différences entre évaluer et ne pas évaluer, entre distinguer et ne pas distinguer ?
  • Une personne avisée sait ce qui entre en regardant ce qui sort, connait l’avenir en observant le passé.
  • Qui comprend les mots ne parle plus avec des mots.
  • Les instruits gâchent leur vie à cause des nombreuses opinions. Les études ont des hypothèses semblables, mais des conclusions différentes. Seul celui qui retourne aux semblable, à l’identique, échappera aux périls.

Les émotions, les sentiments, les désirs

  • La joie se termine fatalement par la colère et la colère se termine par la joie. Le juste milieu est impossible.
  • Dans un concours de tir à l’arc, si le prix est une tuile, les joueurs sont adroits. Si le prix est une agrafe, les joueurs reculent devant la difficulté. Si le prix est de l’or, les joueurs ne discernent plus la cible. Toute atteinte extérieure est une maladresse intérieure.
  • L’insatiable est un ver qui ronge le yin et le yang.
  • Grande beauté rend orgueilleux, grande force rend impétueux. On ne peut parler de la Voie tant que l’on est orgueilleux ou impétueux.
  • Pourquoi chercher pour quelques siècles après la mort un renom inapte à donner vie à des os desséchés ? Comment serait-ce une joie pour la vie ?
  • Le renom est une ombre de la réalité.
  • Quiconque a renoncé à ses désirs est dans le vrai. Nul ne s’oppose à lui. Une personne sans belle-famille et sans fonction perd la moitié de ses désirs. Une personne sans vêtements et sans nourriture considère comme du vent les voies des princes et de leurs ministres.
  • Ce n’est pas pour le renom que l’on agit bien, mais le renom suit.
  • Un voleur voulait de l’or. Il se vêtit dès l’aube, mit un chapeau et alla au marché. Il s’approcha de la table d’un changeur d’or, prit l’or et s’enfuit. Il fut arrêté et questionné. Comment as-tu pu prendre l’or devant tout ce monde ? Il répondit : en prenant l’or, je ne voyais pas le monde, je ne voyais que l’or.

L’humilité

  • Lao Chengzi put surmonter la vie et la mort, permuter les saisons, faire tonner en hiver et geler en été, faire voler les pédestre et marcher les oiseaux, et inversement. Jamais de sa vie, il ne montra ses talents. Qui transforme bien utilise des méthodes cachées.
  • Apprends à rester en arrière, tu conserveras ton corps. J’aimerais savoir ce que rester en arrière veut dire. Regarde ton ombre et tu sauras.
  • Plus mon rang est élevé, plus je me sens humble. Plus ma charge est importante, plus je me fais petit. Plus mes revenus sont grands, plus je distribue avec largesse. Puis-je échapper ainsi aux trois ressentiments de l’envie, de la détestation et de l’animosité ?

Le détachement et la liberté

  • Gagner ne me réjouit pas, perdre ne m’afflige pas. Je vois la vie semblable à la mort, la richesse semblable à la pauvreté, les humains semblables à des porcs et moi-même semblable aux humains. Je me sens chez moi voyageur dans une auberge, étranger dans mon propre comté. Honneurs et récompenses ne peuvent me stimuler. Blâmées et châtiments ne peuvent m’effrayer. Élévation et décadence, profits et pertes ne peuvent me changer, deuils et joies ne peuvent me modifier. C’est pourquoi je ne puis ni servir mon prince, ni entretenir des relations normales avec mes parents, mes amis, ma femme et mes enfants.
  • Qui reçoit sa nourriture des humains en étant incapable de se nourrir est de l’espèce des chiens et des porcs.
  • La volonté désire jouir de la liberté, je dis qu’il y a entrave à la nature si elle ne le peut.

La beauté, la bonté

  • Beauté et bonté ne duren éternellement. On se lasse des sons et des couleurs.
  • Pureté et chasteté sont des perversions du bien.

La relation à autrui

  • Quiconque a une confiance absolue peut influencer les êtres ou voir l’univers, émouvoir les fantômes et les esprits. Que serait-ce si chacun de nous était sincère ?
  • La belle sait sa beauté et nous ne remarquons plus sa beauté. La laide sait sa laideur et nous ne remarquons plus sa laideur. Qui agit bien sans penser au bien sera aimé de tous.
  • Un humain peut avoir un esprit de bête. Bien qu’il ait un esprit de bête, nous le regardons comme proche en raison de sa forme. Mais une bête peut avoir un esprit d’humain. Les vulgaires ne peuvent découvrir un sage parfait en s’en tenant à la forme.
  • Pour être maître du royaume, il faut d’abord être maître de soi.
  • Qui partage ses richesses est qualifié de sage. Qui montre qu’il est sage ne gagne pas le cœur des humains. Qui cache qu’il est sage gagnent le cœur des humains.
  • Celui que l’on recommande au début peut-être rabaisser plus tard. Celui que l’on finit par rabaisser a pu être recommandé au début. Les causes d’une recommandation ou d’un dénigrement ne dépendent pas de nous.
  • Ne s’agit-il pas d’avoir sincérité et confiance envers les humains plus encore qu’envers l’eau ?
  • Un homme perdit une hâche et soupçonnait le fils d’un voisin. Il observa les mouvements de celui-ci et c’étaient ceux d’un voleur de haches. Il observa sa physionomie et c’était celle d’un voleur de haches. Il analysa ses paroles et c’étaient celles d’un voleur de haches. Ses mouvements, son allure dénotaient un voleur de haches. Puis, en creusant un fossé, notre homme retrouva sa hache. Il revit plus tard le fils du voisin. Ses mouvements, son allure n’était plus ceux d’un voleur de haches.

Internet : En savoir plus sur LieZi : https://www.universalis.fr/encyclopedie/liezi-lie-tseu/

Ouvrages : « Traité du vide parfait », Lie Tseu, Albin Michel, 1997.

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