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Le monde d'après devra ralentir...

La vitesse chronique est le premier ennemi du manager et de l'homme qui aspire au bonheur. On nous vante les bienfaits de l'accélération de la machine sans se douter qu'elle nous éloigne de notre joie, de nos potentialités et de la part la plus haute de notre humanité. Le rapport au temps est au cœur du monde qui vient. Il a fait l'objet du chapitre 6 de l'ouvrage "Coaching taoïste des leaders du IIIè millénaire" paru en 2019. Son contenu trouve une étrange résonance en cette période de crise sanitaire, où l'économie souhaite rattraper... le temps perdu.

 

Extraits.

« Plus on va vite, moins il y a de sens.

Moins il y a de sens, moins il y a de joie.

Moins il y a de joie, moins il y a de bienveillance.

La vitesse nous éloigne des conditions de notre bonheur terrestre ».

Découvrir son équation personnelle nécessite du temps

Vouloir faire évoluer le monde suppose de faire évoluer ceux qui le font, à savoir les dirigeants eux-mêmes. Faire évoluer les dirigeants suppose qu’ils prennent le temps de prendre conscience et d’engager le travail intérieur de la transformation. Formulé de manière plus directe, pas d’évolution du monde sans évolution de soi. Pas d’évolution de soi sans ralentissement pour pouvoir regarder à l’intérieur de l’auto-microscope, observer et prendre conscience, réaliser et installer sa clarté intérieure. Plus profondément, la pratique énergétique nous apprend que contrairement à l’idée reçue, plus on ralentit et plus on grandit, plus on s’agrandit de l’intérieur.

Si la vitesse (Yang) est le moteur de la largeur et de l’agir (faire le maximum de choses, abattre les tâches de son planning…), le ralentissement (Yin) est le moteur de la connaissance, de la profondeur et de la clarté. L’agir est dans l’horizontal, le ralentir mène au vertical. Plus on ralentit et plus on voit, plus on « se » voit. A l’intérieur de soi et autour de soi. Se calmer et ralentir permettent de trouver son rêve, ses objectifs, ses besoins, ses valeurs, ses dons, ses talents, ses goûts (...). Comme dans un train, plus on ralentit et plus on voit les détails du paysage de sa propre Nature, la profondeur de son Etre. « Vivre vite » est un oxymore, une contradiction d’évolution, un bannissement de Sens et de Joie, un renoncement à Être. En ce sens, on devrait l’appeler un oxymortel ! La plupart des sagesses du monde nous le disent : se dépêcher de vivre, c’est prendre le risque de passer à côté de sa vie et de son identité véritables, à l’image d’un train qui passerait à grande vitesse sur son territoire personnel sans rien apprécier ou retenir du paysage. L’arbre n’est plus un trait vertical mais un ruban horizontal. J’ai fait le tour du monde en 3 jours et j’attends de regarder les photos pour savoir si j’ai fait un beau voyage !

Fondamentalement, découvrir son équation personnelle nécessite du temps, suppose de pratiquer, de réfléchir, de s’informer, de dialoguer, de partager, de tâtonner, d’échouer et de rebondir. Ralentir permet paradoxalement de gagner du temps dans l’atteinte de cette connaissance de soi et des choses qu’on appelle la clarté, intérieure puis extérieure. En d’autres termes, ralentir permet de gagner en conscience et en liberté ce que l’on perd en vitesse et en action d’apparence.

La vitesse nourrit l'ego de séparation

A rebours, pour les dirigeants comme pour tout un chacun, l’absence de temps nourrit l’ego de séparation, nos instincts les plus primitifs, l’action/réaction qui crée la surenchère et les effets d’orgueil, réduit le champ de notre libre-arbitre. La relation belligène au temps installe le jeu du pouvoir, la conflictualité, la guerre par les armes ou par la richesse, l’oubli de l’autre et de soi. La débilité de notre relation au temps explique pour partie le monde tel qu’il est et compromet nos possibilités d’évolution et de changement. Certains penseurs comme le sociologue allemand Hartmut Rosa ou l’historien Jérôme Baschet l’écrivent haut et fort. « S’impose ainsi la tyrannie d’un aujourd’hui qui ne change à un rythme accéléré que pour mieux perpétuer le même état de fait et reproduire une même domination (…). Le présentisme est bien l’affirmation d’un présent sans présence ».

Retrouver une relation harmonieuse au temps est un acte de pacification, à soi d’abord, aux autres et au monde ensuite, un acte d’utilité publique, une démarche citoyenne. Tant que nous entretiendrons une relation hostile à nos montres, tant que nous subirons la dictature du présent, nous ne pourrons pas trouver les portes de sortie vers une utilité à soi, une utilité commune, un monde préféré. Le rat de laboratoire pressé ne pourra jamais trouver la porte de sortie parce qu’il passera devant sans la voir. Nous sommes tous dans ce manège de l’inutile, dans le tourbillon de la vie qui nous emporte à vive allure et qui ne nous permet plus de mettre un contour sur ces ombres qui semblent nous regarder. Affairé comme il est et entrainé par la vitesse, l’enfant qui tourne sur le manège ne voit plus le visage souriant et inquiet de sa mère. Le dirigeant ne voit plus le Sens de son action socio-économique, pas plus que l’humanité de ses collaborateurs. Pire, ce manège désenchanté l’éloigne des conditions de son bonheur terrestre. Néant, vacuité, inutilité, stagnation, souffrance, il est urgent de ralentir le carrousel de notre vie moderne pour mieux guider notre action de dirigeant. Pour finir sur une antimétabole facile, on pourrait dire que le temps presse de ne plus presser le temps.

(...) On peut noter à ce stade que « ralentissement » ne rime pas forcément avec bienveillance. Ce qui est sûr en revanche, c’est que la bienveillance a beaucoup de mal à s’exprimer dans la vitesse. La bienveillance devrait résider au cœur de notre modèle car il ne peut exister de bonheur durable basé sur la séparation, le chacun pour soi et la malveillance. Un tel comportement est une insulte à la vie et l’expression d’une incompréhension des forces de l’évolution. Et le temps court nous éloigne de cette vérité première.

(...) On souhaite démontrer ici que si l’équation du bonheur (détaillée dans le module d’accompagnement n°4) réside sur la variable du Sens, du temps et de la bienveillance, le manque de temps dégrade le score obtenu sur la variable du Sens et sur celle de la bienveillance. De fait, la vitesse et le rapport hostile au temps nous éloignent quasi mathématiquement des conditions de l’installation de notre bonheur terrestre. Nos philosophes nous le disent depuis 2 000 ans. Sénèque lui-même a écrit que chacun s’éloigne d’autant plus d’une vie heureuse que sa course est plus rapide.

Ce qui est vrai pour l'individu l'est tout autant pour la société

(...) En bon taoïste, prenons encore davantage de recul et analysons l’évolution de nos sociétés dans son rapport à la temporalité. (...) Disons-le tout net : un nouveau monde est en train de se créer sous nos yeux. Le monde de la machine, de la vitesse, de la donnée, du 3.0, des big data, des imprimantes 3D, des algorithmes, des robots, des automatismes, de l’intelligence artificielle, par essence extérieure à l’homme. Si cette nouvelle technologie est supposée aider l’homme, à circuler, à se soigner, à consommer moins d’énergie, d’engrais ou d’eau, à apprendre, à gagner du temps, à penser aux dates d’anniversaire etc., l’homme en est paradoxalement exclu. La vitesse de ce monde n’est pas la vitesse de l’homme. L’information qui circule dans une fibre optique est 10 millions de fois plus élevée que celle qui transite dans notre système nerveux. Les rythmes imposés par la machine ne sont pas les rythmes de l’homme même si l’homme cherche de plus en plus à ressembler à la machine par le développement de nouvelles prothèses, de nouvelles capacités mémoires, l’incorporation de nouveaux capteurs ou d’endosquelettes. En Europe du Nord, 450 salariés se sont fait implanter une puce entre le pouce et l’index afin d’ouvrir les portes et les barrières de l’entreprise, de payer la cantine. Exosquelettes, capteurs externes pour l’instant, internes demain ; aujourd’hui sous la peau, demain direction le cerveau pour gérer les rêves et la pensée. Elon Musk et Zuckerberg en rêvent déjà pour 2019. On appelle cela l’homme augmenté ou le transhumanisme comme on l’a évoqué plus haut. Des gens comme Kurzweil, ancien gourou technologique de Google, considèrent que le meilleur moyen de survivre face à la montée en puissance des machines « intelligentes » serait de fondre notre biologie avec l’intelligence synthétique.

En fait, le dénominateur commun de tout cela et bien que peu de monde en parle, le mot clé du monde qui vient et qui commence à se déployer sous nos yeux est… LA VITESSE. Sans s’en rendre compte, l’homme court aujourd’hui derrière la machine (et la nécessaire inflation de son QI). Cyberythme contre biorythme. Dans le secteur de la banque, il est même dit que la vitesse sera la monnaie de demain. Le film Timeout a abordé cette dystopie inquiétante.

Le taoïste alors s’interroge à défaut de s’inquiéter. Comme pour la nature lorsqu’elle est en colère (tornades, inondations…), la réalité de la vitesse ne devrait être qu’un instant de la vie de l’homme ; lorsqu’il court pour atteindre sa proie, lorsqu’il fuit un danger. Le problème survient lorsque cette logique de fuite devient comme aujourd’hui permanente. Souvenez-vous de ce proverbe populaire : « La hâte est du diable, la lenteur est de Dieu ». Sans aller jusqu’à cette dichotomie sans nuance, la vitesse qui dure, c’est du temps en colère. La vitesse qui dure est un excès qui n’a rien de naturel. Loi de la Nature, comme tout excès continu, cette colère du temps ne peut que se retourner contre celui qui la pratique. Imaginez qu’un manager prend aujourd’hui autant de décisions en une journée que le même manager en prenait en un mois au début du siècle dernier. L’homme ne peut qu’y perdre son essence, son énergie vitale, le Sens de lui-même, de sa relation aux autres et au monde qui l’entoure. Progressivement, les décisions ne peuvent se prendre qu’à l’extérieur de soi. En outre, à ce petit jeu de la décision urgente et optimisée dans un contexte de complexité globale, l’homme ne peut gagner et ne peut que se faire dépasser par sa création cybernétique. Quelques chefs d’entreprise ou chercheurs commencent à tirer la sonnette d’alarme sur le risque intrinsèque que représente l‘intelligence artificielle : feu l’astrophysicien Stephen Hawking, Bill Gates, l’ancien patron de Microsoft, Elon Musk, le fondateur des voitures Tesla et de SpaceX, le philosophe Noam Chomsky, ce qui n’est pas rien. 1 000 experts en robotique ont signé mi-2015 aux Etats-Unis une lettre qui alerte les pouvoirs publics sur le risque de développer notamment des armes létales autonomes, c’est-à-dire capables de tuer rapidement, en conformité avec un algorithme prédéfini, sans passer par une validation humaine. Robocop est désormais parmi nous ! Les trois lois de la robotique d’Isaac Asimov vont devoir rapidement être exhumées.

Loi physique, la vitesse limite et durcit

Le temps est venu de se remémorer les lois de la physique. Parmi celles-ci, la vitesse réduit le champ de vision, durcit ce qu’elle touche et créé de la résistance. La nature nous l’enseigne. L’homme nage mais se brise en plongeant au-delà de 30 mètres. La brise rafraichit mais la tornade détruit. La main caresse mais la gifle étourdit et ébranle. A 200 Km/h, l’ouverture de l’angle de la vision ne dépasse pas quelques degrés. On le voit « vite », la vitesse ne peut pas être un état durable et épanouissant de notre humanité. Plus on accélère et moins on voit. Le train qui file ne voit pas l’arbre. Cette vitesse ne laisse plus à l’homme le temps de s’interroger sur sa fondamentalité ontologique, sur sa capacité à changer le monde, sur le Sens à donner à sa relation à l’autre, à son action et à sa vie. L’homme n’a plus le temps de se donner rendez-vous avec lui-même. La vitesse nous éloigne de la sagesse, auraient pu dire les anciens philosophes. Pire. La vitesse durable est l’ennemi de la sagesse. Elle est « phobosophique » et chasse la lumière comme peut le faire un couvercle. La vitesse que recherche l’homme au travers de la machine va l’exclure de lui-même, des autres et de sa relation au monde réel. Regardez ce qui se passe avec l’utilisation des smartphones. Chacun a le regard rivé sur son écran et ne voit plus ses enfants, sa femme ou son mari, ses voisins. « L’écran m’a tué », l’interface homme-machine est devenue une paroi homme-homme, froide et minérale, qui installe les humains dans la solitude plane de la technologie. Cette solitude en 2D est telle qu’au Japon par exemple, certains n’hésitent pas à payer des prestataires pour avoir un calin ! Certains, non sans un certain humour grinçant, commencent à dire que « la vie, c’est ce qui se passe autour de nous quand on regarde son téléphone portable ».

La vitesse durable et permanente nous éloigne du principe même de la vie. Sur le plan économique, dans l’exercice d’exclusion qui est en marche, cette recherche permanente de vitesse et de progrès technologique va faire disparaître en grand nombre des emplois que nous occupons, des salariés aujourd’hui et peut-être un jour des patrons. Ce monde basé sur la performance et la vitesse va accentuer encore la pression sur le rendement puisque le système n’est basé que sur le principe ancien de performance productiviste. Comble de la productivité, l’ouvrier chinois est aujourd’hui concurrencé par les robots qu’il fabrique, des robots qui s’amortissent sur un an, qui travaillent avec une productivité constante, 24 heures sur 24 pendant 5 ans et sans congés payés. Avec la cybernétique et la digitalisation, la problématique sociale future sera de moins en moins celle d’augmenter ou pas ses salariés que celle de donner aux hommes du travail et un emploi, ces emplois qui sont pour l’instant, au cœur de son identité et de son utilité sociale.

Et pourtant, simultanément, ce progrès technique va nous libérer du temps. Voilà tout le paradoxe. Plus de vitesse et de moins en moins de temps pour ceux qui ont un emploi, plus de temps pour ceux, de plus en plus nombreux qui n’en n’ont pas. Clivage de société inédit. Comme l’écrivait le philosophe André Gorz, nous sortons de la civilisation du travail et nous entrons à reculons dans une civilisation du temps libéré, incapables de la voir et de la vouloir, incapables de civiliser le temps libéré qui nous échoit, et de fonder une culture du temps disponible et des activités choisies. Pour simplifier, on pourrait dire qu’on s’oriente en tendance vers un monde où une minorité technophile aurait un emploi très bien rémunéré mais pas de temps et une majorité déclassée qui aurait du temps mais peu d’emplois ou peu qualifiés, moins de technologie et globalement un moindre pouvoir d’achat. Les films dystopiques comme Hunger Games, Elysium, Timeout, Terminator ne sont pas loin…

Cette réalité cinétique pose 3 questions

Cette réalité à venir pose en définitive la triple question suivante :

  1. Comment ré-humaniser ceux qui vont rester dans un monde du travail de plus en plus cinétique et de plus en plus technologique ?
  2. Comment permettre à ceux qui n’ont pas d’emploi de vivre décemment, d’avoir accès au progrès technologique, de disposer d’une identité propre et de rester toujours utiles à eux-mêmes, aux autres et au monde ?
  3. Comment faire co-exister des mondes et des individus si dissemblables ?

Poser le diagnostic permet de préparer plus facilement les scénarios de rebond. Et c’est ici que les dirigeants du futur interviennent car c’est précisément leur job. Convenons-en, si le dirigeant ne traite pas de ces questions, il n’est qu’un banal gestionnaire de ressources. Et sur ce terrain-là, il risque de se faire balayer par la machine qui sera toujours meilleure que lui.

Pour les questions 1 et 3, ce rebond ne peut passer que par la création, par nécessité ou par prise de conscience d’un monde plus naturel, réconciliée avec la vitesse et avec l’état de Nature qui sommeille au plus profond de chaque être humain. Sous peine de faire le malheur de l’homme, on ne peut balayer deux millions d’années d’évolution de notre espèce en quarante ans de progrès technique. Tchouang Tseu avant Rousseau nous rappelle l’état de Nature qui sommeille au plus profond de nous-mêmes et les dangers de la mécanisation de nos esprits : Qui a l'esprit mécanisé ne possède plus la pureté et l'innocence et perd ainsi la paix de l'âme.

Notre instinct de survie et grégaire nous invite à recréer un monde complémentaire voire indépendant du monde de la vitesse et des machines, des tâches d’intérêt général, des lieux d’échanges de marchandises, de services, à même de nous permettre de retrouver les vertus du troc et du plaisir d’être ensemble, des veillées autour d’un feu de cheminée, des conteurs d’antan, des fêtes où la technologie n’est pas centrale. Un monde complémentaire au cybermonde où la relation au temps et à l’autre est pacifiée, la nature omniprésente, les biorythmes respectés. Le travail, qui serait surtout une somme d’activités, deviendrait quelque chose qui permettrait, non pas de gagner de l’argent mais d’apprendre, d’évoluer, de grandir au dedans. On aurait de moins en moins de travail au sens de l’ancien monde. L’idée est ici de ne pas s’arc-bouter mais de faire au contraire de l’évolution technologique, une opportunité d’évolution intérieure. La rivière se détourne ou se tarit ? Alors on transforme les moulins à aube en moulins à vent. On n’a plus de pétrole, alors on travaille avec des énergies renouvelables. On n’a plus de travail, alors il nous reste le travail intérieur. Travailler sur nous et pour nous, travailler l’être plutôt que le faire. Cette pénurie de l’emploi et de l’économie ancienne est paradoxalement une opportunité civilisationnelle, celle de passer de la servitude du salariat à ce qu’on appelle aujourd’hui le libertariat, celle de transformer une pénurie en abondance de soi, de l’autre et du monde vivant. Un plein de soi qui se verra à l’extérieur, dans sa relation aux autres et aux gestes que l’on posera pour rendre le monde « meilleur », libre et bienveillant. Notre perte du monde de l’horizontal devrait se compenser par la conquête du monde vertical.

Ce monde de la pacification et de la verticalité pourrait venir coexister avec le monde de la machine, qui lui, continuera à accélérer sur sa trajectoire centrifuge. Comme pour la téléphonie ou les avions de chasse : 2G, 3G, 4G, 5G… danger ! Ces deux mondes (la vitesse et la machine d’un côté, l’homme et la nature de l’autre) pourraient coexister sans s’affronter mais tout reste à créer en la matière. L’invention de l’homme est au cœur de son propre avenir. Jamais l’homme n’a été aussi proche d’un carrefour de civilisation aussi grand.

Pour la question 2, la réponse réside dans la question. Ne convient-il pas de rémunérer ceux qui sont utiles à eux-mêmes, aux autres, à la société, à l’environnement ? Ne pourrait-on récompenser ceux qui s’engagent dans une logique de développement personnel car ils améliorent la qualité relationnelle entre les hommes ? Ceux qui livrent gratuitement des contenus utiles sur la toile, des encyclopédies en ligne comme Wikipedia, des logiciels libres comme Linux, des œuvres artistiques etc. ? Ceux qui œuvrent dans un cadre associatif en faveur des démunis, des plus fragiles, des asociaux ? Qui nettoient bénévolement les plages ou viennent protéger les crapauds ou les abeilles au nom de la biodiversité ? Pourquoi ne pas remercier tous les éveilleurs, c’est-à-dire ceux qui permettent aux hommes de prendre conscience et de se mettre en chemin, qui leur rappellent qu’ils sont venus sur Terre pour apprendre et évoluer ? Pourquoi ne pas célébrer tous les pacificateurs qui remémorent aux humains leur vocation d’unification ? Pourquoi ne pas rémunérer la bonté ? Pourquoi ne pas rétribuer tous les créateurs de lien et d’harmonie, les artistes, les thérapeutes du corps, des relations, de la psyché ou de l’âme, les fabricants de beauté ? Les contributeurs à la triple utilité ? Tout est à créer en la matière.

Ce qui n’avait que peu de valeur à nos yeux jusqu’à aujourd’hui, l’air, la température, la nourriture, l’eau, les relations humaines, l’autre, les paysages, la biodiversité etc. est en train de devenir vital sur le plan du devenir de notre espèce et de notre être-té. C’est pourquoi, il nous revient en tant que dirigeant d’inverser la courbe des valeurs de notre société. Un livre vaut davantage que le papier et l’encre qui ont permis à l’imprimeur de le fabriquer. Le miel représente un marché de 15 milliards de dollars dans le monde mais le rôle des abeilles, on le sait, ne se limite pas à la simple production de cette mélasse sucrée dans le monde du vivant. On mesure aujourd’hui leur importance dans les domaines de la pollinisation, dans l’équilibre de la chaîne alimentaire et de la biodiversité notamment. On se souvient de ce proverbe qui nous dit que ce qui a un prix n’a pas de valeur, et que ce qui a de la valeur n’a pas de prix.

Le temps est venu de raisonner en fonction de notre viabilité en tant qu’espèce, d’évolution ontologique et non plus en termes de production de ressources, supposées illimitées, d’ego de séparation et de profits à court terme. La violence des temps à venir sur le plan climatique, écologique, économique, social, éducatif, sociétal, démographique, religieux va nous contraindre à redécouvrir les lois de l’interdépendance, du long terme, les vertus de la communauté et du nécessaire partage. On va bien partager les degrés supplémentaires du climat et les assauts d’une Nature en colère. Alors pourquoi ne pas organiser de nouvelles règles de société autour d’un avenir commun, durable, bienveillant et planétaire ?

La question du revenu minimum pour tous se pose ici. Ce thème a nourri une partie de la dernière campagne présidentielle en France et il reviendra avant longtemps dans le débat public. La Finlande par exemple a mis en place en 2017 un revenu minimum pour tous les Finlandais de 1000 € mensuels, quel que soit l’âge et sans contrepartie. Ce projet éliminerait toutes les aides sociales existantes et favoriserait le travail choisi. D’autres expérimentations sont en préparation au Brésil, au Kenya (via le fondateur d’eBay), en Californie ou dans certains départements français. Pour éviter le risque de l'assistanat, une position sans doute à creuser pourrait consister à verser ce revenu minimum à tous ceux qui s’impliquent en faveur de l’utilité aux autres et au monde, selon la définition qu’on a donnée plus haut. De beaux débats en perspective.

Conclure, sans précipitation...

(...) Souvenons-nous qu’on enseigne l’histoire pour que l’Histoire nous enseigne. Le 20ème siècle avec ses 600 millions de morts, siècle le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité, nous a appris ou rappelé que la peur résiduelle, tapie dans la mémoire de l’homme, peut le conduire au summum de la barbarie. Voilà l’enseignement de la fin de ce 2ème millénaire, qui a emporté avec lui les idéologies, les clergés, nombre de croyances et la plupart de nos institutions (le pouvoir politique, les journalistes, la démocratie, la nation, l’éducation, l’autorité, la justice…). Un monde s’écroule. Lisez les études d’opinion sur le sujet, c’est édifiant. La défiance est partout. En matière politique, on commence même à parler de dégout. Et le résultat de cette défiance généralisée, issue de l’échec de l’idéal collectif, est un repli sur soi, le rejet de l’autre, le développement de ce qu’on appelle communément et par facilité l’individualisme et le désenchantement.

 

Le 21ème siècle nous demande de changer radicalement de modèle. Le message du 3ème millénaire est d’inventer ce qui n’a jamais été tenté auparavant. Nos inventions technologiques et digitales vont arriver en masse. De nouvelles menaces environnementales et religieuses se profilent. Nous devons nous réinventer au plus vite de l’intérieur, découvrir au plus tôt nos potentialités créatives pour pouvoir créer avec le cœur et non plus avec les mémoires et les fantômes qui errent dans nos têtes. Le dirigeant du futur ne peut être qu’un dirigeant bienveillant et une partie de son travail devrait consister à le devenir. Prendre conscience des ombres tapies en lui (la peur d’échouer, de l’abandon, du rejet, de la honte, de l’insécurité, de l’autre…), travailler autant que faire se peut à la création d’un monde meilleur qui serait le reflet lumineux de ce qu’il est au plus profond de lui-même, voilà l’ambition suprême du dirigeant, le moteur de ses qualités d’apparence, sa finalité ultime, son urgence première. Diriger n’est qu’un moyen pour accomplir. Voilà pourquoi le travail de l’ego est au cœur de notre prochaine révolution et que notre prochaine révolution sera nécessairement intérieure. Une révolution égotique avec pour préalable...

 

...la nécessaire pacification de notre relation au temps !

Des solutions pour mieux gérer son temps sont reprises dans l'ouvrage que vous pouvez découvrir en partie (sommaire et 10% du contenu) sur le lien de l'éditeur

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