Revenir au site

GuiGuZi ou l'art taoïste de la manipulation

De son vrai nom Wang Xu, Guiguzi, le Maître de la vallée des fantômes a vécu au IVè siècle avant notre ère, lors de la période troublée des Royaumes combattants. Il est le pendant dans l'art de la persuasion de Sun Tzu concernant l'art de la guerre. La première traduction de son œuvre en français est l'occasion d'en savoir plus sur ce précurseur de Machiavel et de faire connaître largement celui que la Chine a toujours voulu cacher, pour mieux l'utiliser...

· Articles pour tous

De GuiGuZi, l'on sait peu de choses. Il a écrit un traité de médecine et vivait au IVè siècle avant notre ère dans une vallée inquiétante de la province du Henan. Ses écrits font partie des "Classiques" chinois. Son œuvre maître est le pendant sur le plan diplomatique du célèbre "Art de la guerre" de Sun Tzu, insistant sur l'art de surprendre dans le discours ou de bien connaître le terrain et la situation réelle de l'adversaire.

Le "Maître de la vallée des fantômes" est avant tout un opportuniste pragmatique et un adepte de la "realpolitik". Prenant quelques libertés avec la réalité par définition relative et évolutive, on pourrait presque le considérer comme un porte-parole de la post-vérité contemporaine. Il renvoie également à ces traités de science politique qui nous disent que "toute vérité n'est pas bonne à dire, mais seulement celle qui est propre à séduire". Il utilise les lois de la nature et du Tao au service de sa cause ou des intérêts de ceux qu'il sert. Maître dans l'art d'observer, il cherche à comprendre les autres pour mieux les contrôler, par la parole ou au contraire par les silences. Loin de l'ordre et des vertus confucéennes, il identifie les failles et en déduit des postures tactiques. Maître de la rhétorique et de la dissimulation, il lui est parfois reproché son "Dao de la tromperie". Le pouvoir chinois a toujours évité de lui faire une publicité susceptible de renforcer l'influence et la capacité de nuisance de ses détracteurs ou de ses ennemis.

Étrangement contemporain, en remplaçant le terme de "souverain" par manager, il est parfaitement envisageable d'appliquer ses préceptes au monde du travail et des affaires. Son enseignement enrichit utilement la démarche du "leadership taoïste".

Il est temps de faire connaître aujourd'hui cet "anti-Confucius" au plus grand nombre pour découvrir une nouvelle facette du génie taoïste et pouvoir jouer à égalité avec ceux qui en connaissent la redoutable efficacité diplomatique et de persuasion.

 

Bonne lecture et mise en œuvre.

  • "Il faut soit s'ouvrir pour se dévoiler, soit se refermer sur soi-même et se dissimuler, selon qu'on partage les mêmes sentiments ou qu'on ne ressent pas la même sincérité".
  • "Diviser requiert d'appréhender les sentiments des autres, rassembler de s'attacher leur cœur".
  • "Diviser, c'est ouvrir et parler et cela relève du Yang. Rassembler, c'est fermer et se taire et cela relève du Yin".
  • "Ce qui est petit ne doit rien contenir, ce qui est grand ne rien laisser au dehors".
  • "Si les principes d'action et d'inaction, de vide et de plein ne sont pas en accord avec le présent, il faut retourner au passé pour y chercher les réponses".
  • "Les sages amènent les sots et les avisés à s'exprimer". Si l'on veut entendre, il faut d'abord se taire (...). L'écoute distingue le vrai du faux (...) et on découvre les sentiments véritables et les ruses. (...)".
  • "Il faut commencer par faire le calme en soi pour écouter ce qui est dit (...). Pour connaître les autres, il faut commencer par se connaître soi-même".
  • "On se lie aux autres par éthique, par adhésion et amitié, par les biens matériels ou par les belles femmes".
  • "Pour parler des choses du passé, il faut tenir un discours conforme. Pour parler des choses du futur, il faut tenir des propos flexibles".
  • "Observer le plan d'actions du souverain, c'est connaître sa volonté et ses intentions. Si les affaires ne leur sont pas conformes, c'est parce qu'il y a des choses que l'on ne connait pas.".
  • "Conseiller sans voir les points communs conduit à être repoussé, persuader sans connaître le fond des pensées à être renié. Connaître le fond des pensées permet de maitriser son art".
  • "On ne se lie pas à un souverain médiocre, incapable de gouverner, à la tête d'un royaume désordonné et assoupi. On se volatilise face à un souverain intimement prétentieux et incapable de garder les hommes de talent. Si le destin apporte quelque chose de lui-même, il faut y répondre favorablement et accepter la mission. Si l'on veut y renoncer, il faut lui dire que le servir lui portera préjudice".
  • "Certaines choses sont proches mais invisibles parce qu'on n'a pas bien étudié leur expression. Elles sont loin mais peuvent être connues parce que qu'on les a examinées à la lumière du passé.
  • "Une faille peut devenir un ravin. Aux premières signes avant-coureurs d'une fissure, il faut colmater pour boucher, pour la faire disparaître, pour la dissimuler (...). Si la situation présente est contrôlable, alors on colmate pour réparer. Si elle ne l'est pas, on colmate pour revenir à la normale ou pour renverser la situation (...) S'il n'y a rien à colmater, on doit se cacher pour attendre son heure".
  • "Il faut d'abord bien observer les similarités et les différences, distinguer le vrai du faux dans ce qui est dit, discerner l'implicite de l'explicite, savoir ce que l'on a et ce que l'on a pas, décider entre es plans sûrs e les plans risqués, déterminer ce qui est proche et ce qui est éloigné. Ce n'est qu'après qu'on peut peser le pour et le contre".
  • "Appliquer au monde la méthode de l'appât requiert de mesurer les capacités et de repérer les temps opportuns et inopportuns, de maîtriser la configuration du terrain, les difficultés ou facilités des obstacles, les relations entre les grands seigneurs, qui s'aime et qui se déteste, de connaître les objets de préoccupation, d’examiner les vraies intentions, de percevoir les goûts et les aversions, de parler de ce qui intéresse, d'utiliser des mots visant à appâter".
  • "Dans le monde, il n'y a rien de constamment noble (...). Les sages n'ont pas de fréquentations permanentes. Les sages n'écoutent rien mais il n'y a rien qu'ils n'écoutent pas".
  • "L'art de s’opposer et de s'unir nécessite qu'on évalue d'abord son talent et son intelligence, qu'on estime ses points forts et ses points faibles, qu'on sache qui est supérieur ou inférieur. Alors, on peut s'avancer ou se retirer et mettre en œuvre toutes les combinaisons diplomatiques".
  • "Il faut sonder le sentiment de l’autre lorsque celui-ci est profondément heureux et l’amener au bout de ses désirs. Il faut le sonder lorsqu'il a profondément peur et l'amener à la haine, s'il éprouve de la haine (...). Il faut scruter souvent et attentivement ses expressions pour connaître ce qui est caché".
  • "Il faut ne rien laisser transparaître sur son visage, ne pas révéler ses sentiments. Alors on réussit en évitant toute infortune".
  • "Les sages préparent leurs plans dans le yin, c'est pourquoi on les qualifie d'esprits. Ils réussissent dans le yang, c'est pourquoi on les qualifie de lumières".
  • "Réussir une chose suppose d'être corrélé aux Nombres (Les hexagrammes du Yi Jing et les lois du cosmos NDLR). C'est pourquoi la Voie, les nombres et le temps doivent s'accorder".
  • "Si l'on parle avec raison, il faut prouver par les faits. Répéter ses paroles, c'est vouloir faire reculer l'autre. Réfuter la parole de l'autre, c'est aller à la pêche de sa pensée secrète".
  • "Celui qui tient des propos flatteurs courtise pour paraître loyal. Celui qui tient des propos flagorneurs est savant pour paraître intelligent ; celui qui tient des propos sans détour est direct pour paraître vaillant. Celui qui tient des propos soucieux est pondéré pour inspirer confiance : celui qui tient des propos posés contre-attaque pour l'emporter".
  • "La bouche est l'organe essentiel. Elle enferme les sentiments et les intentions. C'est pourquoi on reste calme face à la profusion des paroles".
  • "Il y a 5 sortes de discours : maladif, craintif, inquiet, colérique et joyeux. Entre maladif, c'est se sentir diminué et abattu. Être craintif, c'est manquer de tripes et perdre la maîtrise. Être inquiet, c'est être enfermé et stagner. Être colérique, c'est agir de manière inconsidérée et ne plus se gouverner. Être joyeux, c'est s'étourdir jusqu'au vertige et oublier l'essentiel".
  • Quand on s'adresse aux hommes intelligents, il faut s'appuyer sur l'érudition, quand on s'adresse aux érudits, il faut s'appuyer sur la clairvoyance. Quand on s'adresse aux clairvoyants, il faut s'appuyer sur l'essentiel. Quand on s'adresse aux haut-placés, il faut s'appuyer sur les rapports de force. Quand on s'adresse aux nantis, il faut s'appuyer sur ce qui est élevé. Quand on s'adresse aux pauvres, il faut s'appuyer sur l'intérêt. Quand on s'adresse aux humbles, il faut s'appuyer sur la modestie, quand on s'"adresse aux vaillants, il faut s'appuyer sur l'audace. Quand on s'adresse aux sots, il faut s'appuyer sur l'acuité".
  • "L'écoute vénère la bonne compréhension, l'intelligence le discernement et le discours la surprise".
  • "Ceux qui partagent les mêmes sentiments et se rapprochent réussissent ensemble ; ceux qui partagent les mêmes désirs et prennent leurs distances nuisent à l'un d'eux. Ceux qui se haïssent et restent proches se nuisent tous à eux-mêmes ; ceux qui se haïssent et prennent leurs distances nuisent à l'un d'eux. C'est pourquoi ceux qui tirent mutuellement profit les uns des autres restent ensemble ; ceux qui se nuisent mutuellement prennent leurs distances".
  • "Le changement engendre les affaires, les affaires le plan, le plan le stratagème, le stratagème le discours, le discours la persuasion, la persuasion l'avancée, l'avancée le recul, le recul le contrôle. C'est ainsi qu’on maîtrise les choses".
  • "L'homme bienveillant fait peu cas des biens matériels mais on peut lui demander de faire don de ses richesses ; l'homme brave fait peu cas de l'adversité mais on peut lui demander de tenir bon face au danger ; l'homme intelligent pénètre le principe des choses mais on peut lui présenter un raisonnement et lui faire accomplir une action d'éclat. Voilà les trois talents".
  • "Il vaut mieux mettre en œuvre un plan secrètement qu'ouvertement et en s'alliant plutôt que secrètement, l'alliance étant sans failles. Il vaut mieux qu'il soit surprenant que normal".
  • "Il ne faut pas imposer aux gens ce qu'ils ne désirent pas, il ne faut pas apprendre aux gens ce qu'ils ne savent pas. Si un homme abhorre certaines choses, il faut les éviter et les taire".
  • "L'homme qu'on peut connaître, on peut l'employer ; l'homme qu'on ne peut connaître, celui qui élabore un plan ne l'emploie pas".
  •  "Quand on voit que c'est possible, on ne choisit pas les choses à faire et on agit pour soi-même. Quand on voit que ce n'est pas possible, on choisit les choses à faire et on agit pour les autres".
  • "La voie des sages est dans la dissimulation et le secret. Ainsi la Voie des anciens rois est-elle celle du yin.  Il n'y a pas seulement la fidélité, la confiance, la bienveillance et la loyauté, il y a surtout le juste".
  • Une décision ingénieuse tient compte des intérêts. Si elle est bénéfique mais implicitement motivée par le mal, elle ne sera pas acceptée et cela conduira à l'éloignement.
  • "Être paisible et serein, savoir donner, ne pas apaiser, faire le vide dans son cœur, tempérer sa volonté, attendre l'inclinaison et la déficience, le souverain privilégie ce positionnement".
  • "Le souverain privilégie la clarté, la vertu, la récompense, le questionnement, la concorde, la minutie, le respect et la dénomination".
  • "Il faut connaître la manière dont (ceux qui vous intéressent) cultivent leur force d'âme, savoir si leur souffle vital est fort ou faible, observer ce qui les met à l'aise et savoir ce dont ils sont capables".
  • "Le cœur désire le calme, la pensée la profondeur et l'étendue. Le cœur calme engendre des stratégies merveilleuses. La pensée profonde et étendue forme des stratagèmes. Quand l'intention et la pensée sont stables, le cœur se calme et son action n'est pas erronée".
  • "Il faut tempérer ses intentions pour observer les failles et consolider sa volonté pour que l'esprit retourne dans sa demeure, alors l'intérieur est plein et ferme, rien ne lui résiste, on peut dissiper la puissance de l’autre et saper son autorité comme son Ciel. Il faut prendre le vide avec le plein".
  • "Pour déployer la force, le cœur doit être vide et la volonté débordante (...). Il ne faut pas déployer la force en l'absence de faille".
  • "Celui qui excelle dans la recherche des failles, doit nécessairement cultiver à l'intérieur l'essence des cinq souffles, scruter à l'extérieur le vide et le plein (...) agir en suivant la volonté et l'intention de l'autre et en connaissant ses stratagèmes (...). L'échec de la force provient de l'absence d'examen sérieux par l'esprit".
  • "Pour chercher ce qui convient, il faut commencer en suivant la Nature, les actes alors ne peuvent pas ne pas envelopper la grande Voie et ainsi observer le monde de l'esprit éclairé".
  • "Naître au printemps, grandir en été, récolter en automne et conserver en hiver, telle est la règle du Ciel (...). Celui qui s'y oppose, même s'il réussit, va certainement échouer".
  • "L'art de la Voie consiste à contrôler les autres et non pas à être contrôlé par les autres. Celui qui contrôle les autres prend le pouvoir, celui qui est contrôlé par les autres perd la vie".
  • "On peut connaître quelqu'un d'après l'effet produit par sa forme et son visage, son image et son apparence".
  • ""Quand on parle beaucoup, on laisse échapper de nombreuses faiblesses".
  • "S'emparer des cœurs veut dire porter haut la réputation des personnes rencontrées qui désirent apprendre les arts, les mettre à l'épreuve et les surprendre, valoriser leurs succès précédents, nouer ainsi leur cœur au sien. (...) Conserver la justice veut dire garder le sens de l'humain, sonder le cœur des autres pour s'unir à eux."
  • "Les personnes rencontrées qui s'adonnent à l'alcool et à la luxure, il faut les émouvoir avec la musique. Leur montrer qu'ils marchent vers la mort et les rendre inquiets de la brièveté de leur existence".
  • "Marcher sur les traces de ceux qui s'en vont veut dire se relier à eux par la parole de sorte à en conserver la mémoire (louer leur conduite, encourager leurs aspirations, laisser entendre qu'on espère leur retour, exprimer la joie qu'on aura de les retrouver, mentionner l'expérience réussie d'autres dans le passé et d'exprimer son attachement au moment de leur départ)".

Bibliographie

"Guiguzi : l'art de la persuasion", Rivages Poche Petite Bibliothèque, 2019

Tous Les Articles
×

Vous y êtes presque...

Nous venons de vous envoyer un e-mail. Veuillez cliquer sur le lien contenu dans l'e-mail pour confirmer votre abonnement !

OK