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Crise du COVID : pourquoi faut-il entendre le cri du Bois et de la jeunesse ?

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La crise sanitaire sévit et le gris est partout. Dans les esprits et dans les cœurs, on l'observe tous les jours mais on voit moins qu'il se porte également sur les têtes. La tempête du COVID nous le prouve sans le montrer : la France vieillit. Les décisions prises sont celles qui précèdent le grand sommeil et nous rapprochent du merveilleux mystère, de celles qui ouvrent au silence et nous ferment à la vie.

La gérontosphère est omniprésente, dans les propositions politiques et sur les plateaux de télévision. Un aperçu rapide des chroniqueurs-influenceurs actuels aide à prendre conscience du gérontotalitarisme ambiant : ceux qui nous parlent ont commencé à communiquer dans les années 40. Les "grandes voix" d'Europe 1 sont Michèle Cotta (83 ans), Catherine Nay (78 ans), Gérard Carreyrou (78 ans) ou Charles Villeneuve (79 ans). Monuments nationaux et médiatiquement omniprésents, Alain Duhamel (80 ans) a animé le débat pour la course à la présidence en 1974. Jean Pierre Elkabach (83 ans) de son côté présentait le JT déjà en 1970 sur la première chaîne nationale. Conscient du phénomène, il est amusant d'aller chercher sur internet l'âge moyen de ceux qui occupent le paysage audiovisuel et qui ont l'oreille de ceux qui nous gouvernent.

Dans l'énergétique taoïste, la fin de la vie est associée à l'énergie de l'Eau, à l'hiver, au repli, à la peur et à la couleur noire (le deuil dans nos sociétés). Sur le plan médical, la tradition parle des Reins (en lien avec la surdité, la perte de l'équilibre et des dents, l’ostéoporose etc.) et un excès d'Eau se traduit par l'intransigeance (pensée unique), l'égoïsme (priorité à soi) et la culpabilisation de ce qui n'est pas soi ou sa croyance. Portée par son expérience, l'Eau conseille le pouvoir dans le modèle des 5 éléments. Elle prodigue au Feu de l'autorité (l'Empereur dans la Chine traditionnelle), dans l'ombre de ses nappes phréatiques et de ses bibliothèques, ses précieuses et sages recommandations, à l'image du Conseil scientifique, présidé par un professeur de 72 ans. Ce faisant et si l'énergie du Bois (et de la jeunesse) n'est pas suffisamment puissante (le manque de combustible), l'Eau finit par prendre l'ascendant sur le Feu et par l'éteindre. Un manque de Feu se traduit par un manque de vision, un sentiment de vacuité du pouvoir et d'inoccupation, d'incertitude, d'impuissance et de louvoiement, sentiment largement partagé en France sur la question de la gestion de la crise sanitaire.

La situation que nous vivons présente les caractéristiques morbides d'un excès de l'énergie de l'Eau, signes de la sénescence de la société et de l'omniprésence des tempes chenues dans les organes du pouvoir et de l'information. Cet excès d'Eau inonde le paysage audiovisuel de recommandations hygiénistes, nourries par l'énergie du Métal (la Mère de l'Eau) et provoque un déséquilibre de système qui augure mal d'un rétablissement durable et vital de nos sociétés.

A la recherche d'une harmonie d'ensemble, la thérapeute taoïste ferait remarquer que le grand oublié de notre période et plus largement de nos sociétés sont les jeunes. Victime d'une pyramide des âges défavorable, privilégiant d'autres canaux d'information et à tendance abstentionniste, la jeunesse souffre d'un moindre enjeu électoral, le mainstream politico-médiatique ne leur est pas destiné. Sur le plan temporel, le Bois est l'énergie la plus éloignée de l'Eau, un souvenir ancien et oublié dans les racines de son arbre de vie. L'écorce a oublié l'aubier, la branche effeuillée de la canopée ne se souvient pas de l'humus et mal de la chaleur vive de la sève. L'arbre pense désormais davantage à sa chute future qu'à sa pousse, au Ciel davantage qu'à la Terre.

La gestion de la crise du COVID est un exemple saisissant du déséquilibre énergétique que nous vivons collectivement. En excès d'Eau et alimenté par la mère du Métal, les précautions sont partout, jamais le prix de l'existence et des anciens n'aura été plus important, jamais l'espérance de vie n'aura été plus précieuse qu'aujourd'hui et l'on peut s'en réjouir. Mais dans le même temps, quel média aura l'audace de quantifier le malaise des jeunes, leur désengagement pour les études ou dans leurs relations sociales ? Pourquoi si peu d'attention vis-à-vis de ces étudiants qui se défenestrent ou tentent de se suicider ? Il est dit que toute information est politique parce qu'orientée (le décompte des décès est de nature Eau, le nombre d'hospitalisations est de nature Métal). Pourquoi pas un décompte quotidien des faits divers qui les affectent ? Certaines études estiment que près d'une étudiante sur deux souffrirait de troubles de l'anxiété ou d'état dépressif. Amis médias, comment les aidez-vous ?

Si le déséquilibre énergétique est particulièrement visible en cette période d'hubris sanitaire, il pose fondamentalement la question de savoir comment construire le monde d'après sur la base des repères et des standards du monde d'avant. Le paysage médiatique nous renvoie l'idée d'une grande stagnation de société qui voudrait conserver les conquêtes individualistes de mai 1968 avec la jeunesse actuelle comme prix du renoncement. Pourtant considérées comme population à risque, il a été refusé par l'exécutif de confiner uniquement les personnes âgées (et vulnérables) alors que l'âge médian des décès est de ... 85 ans ! Parce que la "silver generation" (la génération argentée) n'a pas voulu se protéger et s'isoler en conscience et responsabilité, renoncer à ses privilèges et à sa vie 30 fois glorieuse, l'ensemble de la population a dû se confiner. Sans parler du désastre économique qui ruinent leurs perspectives d'accéder au marché de l'emploi, les jeunes naturellement immunisés contre le coronavirus ne se rencontrent plus et déclarent "mourir de ne plus vivre". L'esprit de corps et de promotion s'est perdu, trouver ses amitiés durables et étudiantes, son compagnon de vie ou son futur conjoint attendra. Le Bois écrasé d'Eau pourrit avant de faire sa feuille et attend sa mousse ou son champignon-parasite : la violence, le désenchantement (la chanson de Mylène Farmer), le chômage, la tristesse et... le gris, signe avant-coureur d'une vieillesse prématurée qui s'installe. Le jeune déjà chauve rejoint par obligation molle, subventionnée et consensuelle, la communauté des anciens et de la mort partagée.

Ces quelques lignes ne sont pas un réquisitoire et l'expression d'un racisme anti-vieux mais au contraire l'appel à un réalignement des polarités. De sages philosophes comme André Comte-Sponville l'ont bien compris et souhaitent que les anciens restituent les drapeaux.

L'apologue de cet article est facile à saisir : comme pour la plupart des espèces vivantes, l'inexpérience écoute et apprend par l'exemple et l'action, l'expérience transmet dans la bienveillance et laisse la place. Lao Tseu nous rappelle que "se retirer, à l'apogée de son mérite et de sa renommée, voilà la voie du ciel" (Tao Te King, 9). Un taoïste parlerait de la respiration de la vie, de la nécessaire expiration de l'ancien et de l'indispensable inspiration du nouveau. L'équilibre, l'apaisement et la reviviscence de nos sociétés exigent le retour de l'énergie du Bois, de la jeunesse et de la vie qui hurlent à pleins poumons. En bonne intelligence avec les seniors qui occupent obsidionalement la place, il est essentiel que les jeunes, ces "anciens nous", ces minorités politiquement "périphériques", deviennent plus présents sur les plateaux TV/radios et dans les postes à responsabilité (économiques, politiques, sportifs, culturels....) pour contribuer à construire le monde de demain, celui dans lequel et en définitive... eux seuls auront à vivre.

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