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L'extraordinaire capacité du symbole du Yin-Yang à représenter les 18 principes du vivant

Élément d'ornement de millions de T-shirts ou de fresques murales, le célèbre symbole du Yin-Yang s'expose dans le monde entier, sans toujours y voir un pilier central de la pensée taoïste ainsi que la traduction visuelle des 18 Principes du vivant. Cherchant à combler ce manque, cet article est un hommage et l’expression d’une gratitude absolue à l’égard des maîtres géniaux qui ont conçu cette représentation symbolique, trait d’union parfait entre le monde des mots et celui du « sans forme ».

· Concepts taoïstes

Les 18 Principes taoïstes sont une compilation personnelle des lois du vivant et de la nature. Connaître ces 18 Principes est le meilleur moyen pour l’être humain de vivre longtemps et en bonne santé, d’être performant et efficace dans son action et d’entretenir une relation harmonieuse avec les autres et avec le monde. Clé de lecture du vivant, ils ont vocation à être observés puis intégrés pour être enfin oubliés dans l’instant.

Ces 18 Principes sont généralement représentés sous la forme d’un disque. Ils descendent du Ciel pour rejoindre la Terre en passant par l’Humain. Liaison consciente, l’Homme (au sens d'"être humain") relie les deux puissances de la Terre et du Ciel. Il porte en lui la potentialité de l’ensemble des 18 Principes. Chaque Principe est à lire comme les pétales d’une fleur. On peut les interpréter seul ou deux à deux, trois par trois etc. Dans l’instant, ils sont à appréhender dans leur action instantanée et combinatoire, défiant les capacités cognitives de notre cerveau.

Le nombre de 18 représente 2*9, à savoir la totalité des lois du Ciel et la totalité des lois de la Terre. Le nombre 9 renvoie au déploiement intégral de l’ensemble du cycle des nombres avant le retour à l’Unité (le Taï Yi) et le Dao. Il représente ce livre qui vient d’être lu et que l’on referme, instruit de son contenu.

Le symbole du Yin-Yang de son côté (appelé "TaïJiTu" : symbole du faîte suprême) est un attribut central du taoïsme depuis au moins 1 000 ans. Émanation de la Grande Unité (le grand Un), il est la combinaison du « Deux » du Yin-Yang et du chiffre « Trois » qui traduit le mouvement et l’engendrement. Sans entrer plus avant dans son interprétation symbolique, nous allons reprendre ici la signification de chacun des 18 Principes et tenter de les localiser dans le symbole que les Chinois aiment appeler « les 2 poissons ». Cette lecture est naturellement subjective et assumée comme telle.

Bon voyage dans le monde du TaïJi Tu.

1. Harmonie : circulation libre et totale de l’énergie permettant l’expression de la performance et de la Joie. Partage, échange, pacification sans force dans les relations à soi, aux autres et au monde dans un esprit de réalisation et d'accomplissement mutuels. De l’observation de l’Harmonie naissent la Joie, le bon, le vrai, le simple et le beau. Dépassement du questionnement (on ne se pose plus la question du « pourquoi »). Simple état d’être. Faire ce pour quoi on est fait, tout ce qui « coule de source », évidence des êtres, des choses ou des situations. Cohérence sans peur. Équilibre ou suspension du Yin/Yang, intensité de l’instant présent, retour à l’Unité. Ressenti et fusion des 17 autres Principes ici et maintenant, sa représentation est celle de la totalité du Yin-Yang dans l'instant.

2. Impermanence : le changement est le Principe même de la vie puisque l’absence de changement s’appelle la mort. Il n’arrive jamais que rien n’arrive (Yi Jing), la seule chose qui ne changera jamais, c’est le changement lui-même, qui débouche sur le paradoxe de la permanence du changement. Cela induit la nécessité d’accepter que tout ait besoin de bouger dans sa vie (soi, l’autre, les situations, les entreprises, les sociétés) et de s’adapter, de s’ouvrir à la nouveauté et à l’innovation, de travailler son agilité corporelle et sa motilité psycho-émotionnelle. L’impermanence suggère le retour du favorable lorsque tout est en apparence déréglé, dysharmonieux ou conflictuel. Elle induit également une attitude de vigilance et d’observation active, même lorsque tout semble bien aller ou que rien ne se passe en apparence. Ce mouvement permanent est représenté sur le symbole du Yin-Yang par les points noir et blanc, qui sont ici à entendre comme des poignées vues de côté, qui permettent à la roue de tourner.

3. Interdépendance : sans qu’on puisse le voir ou l’appréhender par nos 5 sens, tout se tient dans la nature et tout dépend de tout (espèces, énergies, mondes, plans…). Ténues ou fortes, il existe des liaisons visibles ou invisibles partout (les tâches solaires et les radio-transmissions par exemple). Evoluer spirituellement, c’est apprendre à voir le maximum de connexions entre les choses et les êtres pour augmenter notre niveau de conscience et notre efficacité d’action et de vie. Dans le champ de la conscience et du réseau combinatoire, vouloir tout contrôler est énergivore et vain. Cette interdépendance est représentée par les 2 poissons qui se complètent pour créer la forme parfaite du cercle du Tout.

4. Bipolarité dynamique : les 10 000 êtres (tout ce qui existe sur Terre) sont constitués de deux forces non pas opposées mais dynamiques et complémentaires qui se nourrissent et s’interpénètrent l’une l’autre. Tout existe en chacun d’entre nous. Chaque événement (ou situation) porte en lui sa polarité complémentaire. Ainsi, un mal d’aujourd’hui sera peut-être un bien demain et réciproquement. La contrainte fait partie du chemin : pas de motivation sans épreuve, pas de réussite sans effort, pas de joie sans tristesse, pas d’amour sans peur. Il convient ainsi d’être capable de voir le Yang dans le Yin et le Yin dans le Yang, le risque dans la victoire, la renaissance dans la défaite, développer un instinct de vigilance ainsi qu’une certaine dose de fatalisme. La meilleure représentation du Principe consiste à reprendre la totalité du symbole du Yin-Yang (le 2) en enlevant le cercle de l’Unité qui représente le sans forme et la non-bipolarité.

5. Fractalité : l’Homme est à l’image de la Nature (mêmes atomes et même origine). Les mêmes lois fondent le microcosme comme elles fondent l’ensemble du monde vivant, créant le concept de fractalité. Plus loin, l’Homme EST la Nature. A l’inverse, l’Homme aujourd’hui commence à influencer la Nature et la planète. Ce qui est en Haut (l’atmosphère, les glaciers des montagnes qui fondent, les mondes invisibles…) devient à l’image de l’Homme et de ce qui est en bas. On retrouve aujourd'hui des microparticules de plastique au plus profond des Abysses des Mariannes comme au sommet de l'Everest). Ce qui est à l'intérieur est à l'extérieur à l'image d'un tore et réciproquement. L’univers dans son ensemble est une fractale. Tenter ou imaginer le connaître en totalité est vain. Le meilleur moyen de représenter cette fractalité consiste à reproduire le symbole en lui-même.

6. Cosmocentrisme : la Nature peut se passer de l’Homme mais l’Homme ne peut pas se passer de la Nature. Il existe un Principe supérieur à l’Humanisme qui s’appelle la triade du « vivant », de l’énergie et de la conscience. L’espèce humaine est une espèce sans doute « subtile » au sens de Tchouang Tseu (Le « grand Un » sur Terre), mais pas nécessairement supérieure à ce qui fonde le vivant car ce dernier peut se passer de l’Homme. Il en est de même pour l'énergie et la Conscience. La nature n’a pas été créée à son exclusive attention puisque les moustiques eux-mêmes se nourrissent de sang humain. Les lois du Ciel l’emportent en outre sur les lois de la Terre qui elle-même accepte tout et n’est pas éternelle. Le Cosmocentrisme peut se représenter par le Ciel et par le cercle unitaire (le trait unique et infini) qui entoure le symbole du Yin-Yang.

7. Unité-Immortalité : au-delà des dualités d’apparence (le corps et l’esprit, soi et l’autre, l’humain et les espèces…), au-delà des cycles, au-delà du Yin/Yang et du nombre « Deux », réside une pulsation et un appel plus fort encore qui s’appelle la fusion vers l’Unité. Unité en soi, Unité entre les êtres vivants (grégarité), entre les choses, entre les choses et les êtres, entre les plans (Terre-Homme-Ciel) et les dimensions, visibles ou invisibles. Cette Unité s’affranchit du temps et de l’espace (on oublie le temps et la forme quand on est dans l’unité) et nous invite à devenir immortel via notamment la vacuité (WuJi). Cette recherche de l’Unité et de l’immortalité permet de se rapprocher de l’Origine et nous invite à voir ce qui nous réunit et nous connecte plutôt que ce qui nous sépare. L’univers est éternel. Le Big Bang n’est probablement pas le début de l’univers mais l’expression d’une respiration cosmique vertigineuse semblable à son niveau, à la respiration d’un simple mammifère (cf. le Principe de fractalité). La meilleure représentation est celle d’un Yin-Yang inversé qui tourne dans le sens opposé à la marche du monde (senestrogyre) et qui remonte à l’Origine.

8. Nature : nous sommes la Nature (mêmes atomes, même histoire et même origine). Abimer la Nature, c’est abimer l’Homme car nous dépendons d’elle (Voir le Principe d’interdépendance). Nous sommes soumis à ses lois et à ses rythmes (les saisons, les variations climatiques, le vieillissement…). Il convient de bien connaître la Nature mais également SA propre nature (qui on est, ce pour quoi on est fait, nos points forts et d’amélioration, nos mémoires) pour agir avec efficacité, dans la joie de soi, de l’autre et du monde, sur la voie de sa mission de vie, de son mandat céleste (Tian Ming). Cette relation harmonieuse et naturelle à soi, aux autres et au monde ne peut être représentée que par la totalité du Yin-Yang, au même titre que pour le Principe d'Harmonie.

9. Frugalité et non agir : la Nature est frugale et cherche à économiser son énergie. Le même modèle de nervure et d’embranchement par exemple sert à créer une feuille, un réseau cardio-vasculaire, un éclair ou les rides du corps humain. Il en est de même avec le « schème » de la spirale. Raisonner en POUR quelque chose et non CONTRE autre chose, en ET plutôt qu’en OU procède de cette intention d’économie d’énergie. L’amour et l’agir juste (ou non-agir) permettent d’économiser son énergie. Le non-agir cherche à se conformer aux lois de l’ordre cosmique, à perturber le moins possible l’équilibre harmonieux de la nature, à agir avec la souplesse et la spontanéité de l’enfant, à laisser venir ce qui vient et ce qui est là (acte, parole pensée), à préparer et observer, agir du mieux qu’on le peut puis se détacher du résultat qui ne nous appartient plus, à développer une expertise telle qu’agir devient un réflexe inconscient et harmonieux, à laisser évoluer l’environnement pour faire apparaître une solution « naturelle » et simple, à opter pour la décision qui prend le moins d’énergie possible (réparer un objet plutôt que d’en acheter un autre…), etc. Cet état de « non-action » peut se représenter sur les 2 points de bascule (TaïJi) du Yin-Yang, le point où le Yin n’a pas encore basculé dans le Yang et le point où le Yang n’a pas encore basculé dans le Yin.

10. Homéostasie : il existe toujours une force de retour à l’équilibre, l’équilibre succède toujours au déséquilibre. Il existe une force de retour qui permet de revenir à proximité du point d’harmonie initial (« le monde d’avant ») ou au contraire, qui va provoquer le passage à un autre plan d’harmonie (saut quantique). Plus fort est le déséquilibre, plus fortement s’exprimera la force de retour à l’équilibre (résistance…). Trouver la voie de l’équilibre suppose du temps, un alignement et de la créativité. L’aléa et l’imprévu font partie du retour à l’équilibre (néguentropie) ou au contraire, de la dérégulation d’un système (entropie). Un système déséquilibré créé du chaos. Le chaos (crise, guerre, perte de repères…) permet de créer et de changer de modèle. Cette force de retour à l’équilibre est portée par les 2 points du Yin-Yang tournant dans le sens inverse du cycle normal ou au contraire deux fois plus rapidement que le cycle normal.

11. Simplicité : la Nature est simple et reproduit les formes de base (spirales, cercles, tores, nervures, fractales…). Elle élimine le futile et l’accessoire, tout ce qui ne sert pas et ne contribue pas aux autres Principes, tout ce qui consomme de l’énergie. Elle est basée sur la loi des Nombres qui optimise la circulation de l’énergie et minimise son emploi. Cette simplicité est reprise dans l’illustration ci-dessous qui reproduit le Yin-Yang par l’adjonction et superposition de disques simples.

12. Liberté, non-attachement, calme : même si l’amour est partout, le Ciel et la Terre sont des puissances amorales car le bien peut se cacher dans le mal et le mal dans le bien. L’important réside dans le juste et de se couler dans les lois du monde : agir au mieux dans la direction de ce que l’on croit être son « mandat céleste » et se détacher des résultats de son action qui ne dépendent pas de nous, ne dépendre d’aucune autorité quelle qu’elle soit (financière, affective, académique…). Etre libre de tout est le meilleur moyen de rejoindre le Tout et le Tao. Le taoïste n’a pas d’autres maîtres que le Ciel et l’infini. Ralentir, installer le calme permet de mieux voir à l’intérieur de soi, autour de soi et donc agir de manière plus efficace et harmonieuse. Etre calme permet de faire apparaître des options que l’on n’aurait pas vues dans l’émotion ou la vitesse. Le calme permet d’être libre. Parvenu dans un espace de totale liberté, l’absence de symbole et la vacuité sont les meilleures représentations possibles du Principe, qui peut ici s'assimiler à une potentialité absolue.

13. Spontanéité-Intuition : la feuille se laisse porter au gré du vent et lui fait confiance quant à sa trajectoire de chute. A l’image d’un enfant qui décide de sauter dans la flaque, l’homme sage laisse venir « ce qui vient », ce qui est là et devient de plus en plus spontané. La spontanéité, c’est la Nature. La spontanéité à soi et aux autres appelle également à la spontanéité au monde et au renforcement de l’intuition (synchronicités, signes, inspirations, « petite voix ») que l’on pourrait appeler la « spontanéité invisible ». L’absence totale de référence au Yin ou au Yang traduit cette imprévisibilité, cette incapacité à prévoir ce qui va arriver, en termes d’action ou d’information.

14. Amour : le rayon du soleil, la goutte d’eau, le fruit ou la fleur sont offerts à tous, sans aucun discernement ou souhait de contre-don. Le don est désintéressé et inconditionnel. L’amour universel permet la création, toutes les créations. Sans amour, il n’y a pas de créations ni de Création. Il n’y a pas d’amour sans lumière. C’est un Principe premier de l’univers qui relie tout et qu’il nous est demandé de recouvrer, d’intégrer et d’incarner. Cette reliance et connexion amoureuse peut se retrouver dans le « S » qui relie le Yin et le Yang.

15. Vérité : la Nature ne dissimule rien et l’animal est nu. Le corps, l’arbre, les enfants et les animaux ne mentent pas et restent parfaitement authentiques à ce qu'ils sont. Il est important d’être dans la vérité de soi (actes, paroles, pensées) et dans le juste de la nature, quelles que soient les opinions de l’entourage. La vérité et la transparence nous rapprochent de la simplicité de la Nature. Connaître son « mandat céleste » et pratiquer le « non-agir » sont importants pour avancer sur la voie de la vérité et de sa vérité intérieure. C’est ce que traduit le Yin-Yang transparent, dépouillé de tout artifice, un peu à l’image d’une radiographie.

16. Beauté : le beau est partout dans la nature pour qui sait le voir (couchers et levers de soleil, la forme d’un fruit, une goutte de rosée, la carapace d’un insecte, le cycle simple de la vie, un sourire innocent…). Même si la beauté ne dure pas, apprendre à voir le beau dans ce qui nous entoure et à le mettre en valeur fait partie de la voie du Dao : mettre de l’esthétique simple et dépouillée dans les lieux de vie, dans les comportements, dans les paroles ou dans les actes, s’entourer de nature et d’un environnement agréable (parfums, vue, calme, nourriture, matériaux…), s’interroger pour rendre sa vie belle et celle des autres. Semblable à la beauté simple d’une vague, le Yin-Yang couché peut être la traduction visuelle de ce Principe.

17. Joie : faire ce pour quoi nous sommes faits, suivre sa propre nature et ses dons, agir dans la spontanéité de l’enfant, pratiquer le non-agir, aimer, simplifier, créer le beau, rire et s’amuser, faire de l’humour… crée de la joie. Comme pour l’oiseau qui chante, la joie est l’expression de la vie et de sa propre nature. La joie véritable provient de l’intérieur et s’expanse vers l’extérieur. Proche du bonheur, la joie est une énergie qui répond à la question du sens et de l’amour. Elle se vit dans l’instant, dans le présent et s’atténue ou disparaît lorsque la vitesse s’accélère durablement. A l’image d’un pirate, le Yin-Yang peut faire un clin d’œil et traduire ce Principe de l’humour et de la Joie.

18. Ici et maintenant, le réel, l’adaptabilité : c’est le plus terrestre des 18 Principes. « Agir-juste » suppose une vigilance de tous les instants afin de collecter le maximum d’informations dans un monde impermanent. Ralentir, observer avec intensité et sans précipitation permet d’agir au mieux et de manière frugale. L’oiseau qui boit lève sa tête à tout moment pour s’assurer qu’un prédateur ne va pas le croquer. Le sage s’adapte aux circonstances et aux situations. Il met son attention au service de son intention et de son efficacité. Il est à ce titre imprévisible. L’illustration du Yin-Yang sans le point blanc ou sans le point noir traduit cette imprévisibilité et la nécessaire adaptabilité qui en découle.

Pour en savoir plus sur les 18 Principes taoïstes :

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